jeudi 14 avril 2016

Extrait du chapitre "rumeurs" : mademoiselle Louise


Je ne connais de ce village que cet endroit-ci très précisément. J'y vois beaucoup de monde et j'y entends beaucoup de choses.

C'est un peu comme si je connaissais chaque habitant et je peux reconnaître facilement les non-habitués.

Un jour donc, j'attends que le premier bus arrive et je vois que passe mademoiselle Louise, éternelle étourdie, vieille fille toute de rose vêtue, hiver comme été. Mademoiselle Louise ne prend jamais le bus, et ma foi je ne sais pas ce qu'elle fait dans la vie, mais ce que je vois chaque jour, c'est qu'elle sort de chez elle, juste en face de moi, à cinq heures du matin précises et je la vois rentrer à six heures moins le quart très exactement. Son petit sac rose au bras et ses talons roses claquant sur les pavés.

Mais voilà que ses habitudes ce matin-là, se voient quelque peu bousculées. En effet, un monsieur inconnu attend le bus à mon arrêt. Il porte dans ses bras, un morceau de bois sculpté avec lequel il est en grande conversation. Petit détail : il est beau comme un dieu!

Mademoiselle Louise, toute vieille fille qu'elle soit, rosit de plaisir et se trouve un moment de hardiesse pour aborder ce bel inconnu.

"Comment vous appelez-vous?" l'arbore-t-elle sans autre préambule, à six heures moins dix!

"Je m'appelle Henri et je suis menuisier. Mais j'ai un gros souci. Je ne me souviens plus d'où je viens, ni ce que je fais ici à attendre un bus à cette heure si matinale! Ce n'est pas dans mes habitudes!"

"Peut-être avez-vous trop bu la nuit dernière?"risque mademoiselle Louise d'un air réprobateur.
Venez donc prendre un café, j'habite en face. Nous tirerons cette affaire au clair et je vous ramènerai chez vous dès que la mémoire vous reviendra. Mais de grâce, cessez de murmurer à tout bout de champ des mots doux à ce morceau de bois!"

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