Ce matin-là, le village s'est réveillé avec une étrange sensation.
On aurait dit qu'il s'était rétréci et cela créait une atmosphère angoissante où chacun avait l'impression d'étouffer.
Pourtant, tout avait bien commencé. L'aube était venue, à petits pas rosés, poussée par le soleil jaune pâle qui émergeait à l'horizon, repoussant l'édredon de velours étoilé de la nuit.
Les coqs des environs, après avoir ébouriffé leurs plumes aux couleurs chatoyantes et mordorées, avaient claironné haut et fort l'arrivée du jour.
C'était le signal pour les poules et tous les autres oiseaux.
Mais tout à coup, tous ces petits sons gais se sont tus, un à un.
Le coq, inquiet, a rassemblé ses poules et les a reconduites à l'intérieur du poulailler où instinctivement, elles se sont mises la tête sous l'aile.
Ce matin d'août n'allait pas être comme les autres.
Le village commençait à s'éveiller, ses habitants ouvraient tentures et volets. Petit à petit, le sentiment d'angoisse arrivait, en même temps qu'un sourd grognement venu du ciel, à l'est.
Lentement, arrivaient des coulées de nuages lourds et menaçants. Gris et bientôt tellement foncés, qu'ils en devenaient noirs.
Aussitôt, le ciel tout entier fut pris d'assaut. La lumière du soleil s'éteignit, plongeant les maisons dans une clarté blafarde.
L'ombre coulait sur les façades, recouvrait les verts, les jaunes et les rouges des jardins.
Les coeurs palpitaient à l'unisson, le regard tourné vers le ciel.
Arrivèrent les éclairs, claquant comme des fouets. Les têtes se courbèrent, les volets se fermèrent.
Le village entier suffoquait, se faisait tout petit et attendait que la colère du ciel passe.
La sueur coulait des tempes battantes. Le ciel déversait sa rage en trombes d'eau grises.
Puis, doucement, un à un, les oiseaux reprirent leur chant. Le coq ressortit ses poules, les fleurs redressèrent leurs corolles, les arbres secouèrent leurs branches et la lumière se fit étincelante et chaude sous le soleil bien levé cette fois.
Les visages se remirent à sourire et le village radieux se redressa. Frais, lavé, parfumé.
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